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To: "SVD webmaster SVD" <webmaster@svdcuria.org>
Date: 21 May 2005, 05:21:20 AM
Subject: Togo

INFORMATION CONCERNANT LA SITUATION AU TOGO

e 5 février dernier, la Région Togo/Bénin vivait une journée de joie au moment de l’ordination d’un jeune confrère, Raphaël Kpandja, par le Nonce Apostolique au Togo Mgr Pierre Van Tôt accompagné de l’évêque de Kara, Mgr Ignace Talkena à Bassar. Cette joie se transformée en silence et inquiétude le soir de cette journée quand nous avons appris que le président Eyadema Gnassingbé, après 38 ans au pouvoir, est décédé et que son fils Faure Gnassingbé, a été investi par les généraux de la Force Armée Togolaise comme président de la République Togolaise. Le deuil a été proclamé et à l’ordre des responsables religieux il fallait éviter toutes réjouissances prévues lors de la Messe de Prémices.

Plusieurs d’entre nous, y compris nos Sœurs SSpS, nous avons pris la route de retour toute suite après la Messe de Prémices pour rentrer chez nous avant la soirée. Un confrère du Bénin a dû prolonger son séjour au Togo car les frontières étaient immédiatement fermées. Un autre confrère avec les parents de nos Novices au Ghana étaient aussi obligé d’attendre l’ouverture des frontières.

Un coup d’Etat nous a plongé dans un inconnu du lendemain. Mais la communauté internationale, celle de l’Afrique, de l’Europe et d’Amérique a été solidaire pour dénoncer ce coup d’Etat et de faire assez de pressions pour que M. Faure démissionne, même si la Cour Constitutionnelle a tout fait pour arranger que cette prise de pouvoir soit constitutionnelle.

Finalement, le président investi a démissionné et un vent d’espoir d’une démocratie a soufflé sur le Togo.

Le gouvernement, sous la présidence du vice-président de l’Assemblée Nationale, choisi comme président en absence forcée de l’ancien président, a annoncé les élections présidentielles dans le délai de 60 jours, pour le 24 avril 2005.

Dès la période de vérification des listes électorales les problèmes ont recommencé. Dans les milieux favorables à l’opposition il manquait des cartes électorales, alors que dans les milieux favorables au pouvoir en place il y en avait de trop.

Les six partis de l’opposition dite « opposition radicale » ont désigné leur unique candidat M. Emmanuel Akitani Bob. Dès qu’ils ont constaté les irrégularités concernant la vérification des listes électorales ils ont commencé à le déclarer à haute voix, mais sans résultats. Plusieurs de nos confrères ont aussi entendu les témoignages que les gens n’arrivaient pas à avoir leurs cartes électorales même s’ils figuraient sur la liste. D’autres ont entendu les témoignages des gens qu’ils auraient vus sur les listes les noms de leurs proches décédés, etc.

L’opposition a organisé plusieurs marches rassemblant de dizaines de milliers de personnes à Lomé et ailleurs, une fois on parlait même d’une centaine de mille de manifestants à Lomé pour réclamer les élections libres et transparentes, auxquelles appelaient aussi officiellement les pays de la CEDEAO et de la communauté internationale en général. Entre temps il y a eu déjà des affrontements violents, où les forces de pouvoir en place ont exterminé certains des manifestants de l’opposition qu’on a repêché dans la lagune de Lomé au quartier de Bé, connu comme fief de l’opposition.

Les Eglises chrétiennes, face à la dégradation de la situation, n’ont pas pu rester muettes, même si auparavant elles ont adressé des messages appellant à la raison et à la paix.

Le 15 avril, trois Eglises chrétiennes, catholique, méthodiste et évangélique presbytérienne, avec l’Ordre des avocats ont fait une marche silencieuse pour présenter au président par intérim une lettre où ils présentaient leurs préoccupations sur la situation pré électorale et proposaient un report des élections en dénonçant les irrégularités pré électorales. Dans cette marche il y avait environ trois cent personnes de différentes églises et de l’Ordre des avocats. Il ne s’agissait pas d’une manifestation politique mais d’une marche pacifique. Malheureusement les autorités l’ont pris comme une manifestation politique de l’opposition et c’est ainsi que cela a été interprété dans les médias d’Etat. Plusieurs de participants ont exprimé leur sentiment d’avoir été humilié car pendant plusieurs heures les prêtres, religieux et religieuses, pasteurs et plusieurs avocats sont restés au bord de l’avenu Eyadema débout, entourés de force de l’ordre avec des armes et bâtons à la main, au vus de toutes les véhicules passant sur cette avenu. Entre temps, il y avait des partisans du RPT qui sont venus avec plusieurs bus avec leur sifflets et fanfares pour les intimider. Ils l’ont fait encore lors de la mise au point, à la fin de cette marche, faite par Mgr Filippe Fanoko Kpodzro, archevêque de Lomé. Vous pouvez le constater sur la vidéo qui a été envoyé au Généralat.

Le P. Miroslaw Wolodko, directeur du Centre Diocésain des Communications, à deux reprises, a été menacé qu’on allait lui confisquer sa caméra car il filmait les militaires avec des bâtons en main de même que le moment où les responsables religieux étaient fouillés par les forces de sécurité avant d’entrer dans la résidence du Président par intérim (Par exemple on voit sur la vidéo que Mgr archevêque sort son téléphone portable pour montrer ce que c’est ou les autres délégués sont fouillés par des scanners…)

Cette marche n’a pas plu aux autorités du Togo. Dans les médias officiels on a commencé à l’interpréter comme un « complot Kpodzro ». Dans ce « complot » ils dénonçaient aussi certains de nos confrères. Pourquoi ? Car ils étaient dans la Commission Diocésaine Justice et Paix. Et cette commission avait voulu préparer des observateurs neutres de l’élection du 24 avril.

D’autres confrères ont même été menacé de mort car ils avaient été témoins de l’affichage des posters électoraux du Faure Gnassigbé (devant la tombe de son Père il fait le signe de croix ce qui veut dire qu’il est chrétien) sur le mur de leur paroisse et ils auraient mentionné qu’il s’agissait d’un mur de la paroisse.

Une de nos sœurs SSpS a été agressée verbalement par les mêmes milices du parti au pouvoir pour avoir protégé l’entrée de l’église en disant que personne ne s’y cachait. Les agresseurs y cherchaient d’éventuels rescapés de l’opposition qu’ils cherchaient. Pour se venger, les agresseurs ont cassé le devant de la voiture de la Soeur.

Le jour des élections, nous avons entendus plusieurs irrégularités, entre nous et sur les ondes de la Radio Maria qui a été fermé trois jours plus tard ainsi que plusieurs radios privées.

Dans l’après midi du 24 avril, on nous a coupé l’accès à l’internet. Puis sans informer personne les prix des unités des téléphones portables ont augmentés quatre fois de plus, certains disent que dans la soirée même dix à quinze fois de plus. Alors nous ne pouvions plus communiquer entre nous par les portables. De toute façon, le lendemain, nous étions coupés de toute communication entre nous, téléphones fixes, portables, Radio RFI etc… Cela a duré pendant plusieurs jours. Le RFI n’est pas toujours rétablie sur les ondes FM, ni la Radio Maria.

Heureusement nous avons réussi à contacter le Généralat via Pologne, France, Canada et Etats-Unis. Le support du Généralat, qui réussissait à nous contacter presque tous les jours était très important et réconfortant.

Pendant ce temps nous apprenions qu’il y a eu des affrontements entre les opposants armés des pierres et de barricades (pierres, pneus brûlés etc…) et les militaires bien armés de gaz lacrymogène et de vrais balles, ainsi que les militants du parti au pouvoir armés des armes à feu, de bâtons à clous et de gourdins.

Entendre que le Pape Benoît XVI a aussi mentionné le Togo le 1 mai a été très encouragent pour nous et surtout pour les confrères qui étaient témoins de scènes de violence, même pas loin de notre Maison Régionale.

Plusieurs responsables de nos églises chrétiennes qui ont participé à la marche du 15 avril étaient obligés de se cacher suite à des menaces. L’archevêque de Lomé s’est caché pendant plus de trois semaines. Il aurait reçu des menaces de sorte: «on va te brûler pneu au coup».

A l’heure où j’écris ce texte, on peut parler d’un calme précaire. Il y a plus de 30 000 réfugiés au Bénin et au Ghana.

L’opposition ne reconnaît pas la légitimité du président Faure Gnassingbé, les gens ont peur, et il semble qu’il y a toujours des visites nocturnes, cette fois-ci des militaires, dans les foyers des opposants pour harceler, battre où arrêter ceux qui se déclaraient de l’opposition radicale. Et ce n’est pas seulement à Lomé, dans plusieurs endroits du Togo la situation est pareille.

La Ligue togolaise des droits de l’homme parle de plus de 800 morts et de plus de 4 500 blessés, mais le gouvernement nie ces chiffres en disant que ce sont des «chiffres fantaisiste».

C’est pourquoi, encore une fois, je vous prie de ne pas nous oublier et de continuer à prier pour la Paix au Togo.

Fait à Lomé, le 20 mai 2005

P. Miroslaw Wolodko, SVD
Coordinateur Régional pour les Communications