Divine Word Missionaries

Breaking News


Info & News

from the Generalate

from the Provinces


Back to

Info&News

Members' Area

Site Map

Home


Par nos choix, construisons le Togo

Message des Evêques du Togo
à l’occasion des prochaines élections législatives

Fils et Filles bien-aimés de Dieu,
Et vous tous, Hommes et Femmes de bonne volonté,

Introduction

Elections législatives au Togo

Hier, le 14 octobre 2007 nous avons eu les élections législatives. Cette fois-ci, et je pense que c'est pour la première fois, que tout s'est assez bien déroulé, c'est-à-dire sans bain de sang que nous avons connu dans les années précédentes. Les gens étaient nombreux à voter et tous les partis politiques y ont participé, y compris UFC de Gilles Christ Olympio. La campagne électorale donnait parfois l'impression qu'on était en fête? Hier soir j'ai fait un tour en ville et tout était assez calme et les endroits habituels, où il y a toujours beaucoup des gens, étaient animés comme d'habitude. Aujourd'hui de même, la vie semble continuer sa marche comme d'habitude, comme s'il n'y avait pas d'élections. Les militaires ne sont pas omniprésents comme avant, on ne les voit presque pas, au moins au centre de ville de Lomé. Nous attendons maintenant les résultats de ces élections, espérons que tout se passe dans le calme comme jusqu'à présent.

Bien sûr tout n'est pas rose, on signale certaines irrégularités, manque de bulletins de vote, manque de timbres d'authentification des bulletins, mais ce sont plutôt des cas ponctuels. Espérons qu'un vent de démocratie commence à souffler sur le Togo tellement assoiffé de paix, de justice et d'espoir d'un vrai développement, d'un avenir meilleur.

Dans le fichier attaché je vous envoie le texte des évêques du Togo qui a été diffusé partout au pays et dans les paroisses environ deux semaines avant les élections.

Avec mes salutations,

P. Miroslaw Wolodko, SVD

1. Le temps est proche, où nous serons à nouveau appelés à poser un acte d’une importance incommensurable dans la vie de tout Etat de Droit. Annoncées depuis très longtemps déjà, les élections législatives sont à notre porte. Nous aurons à déposer nos bulletins dans les urnes, pour choisir nos Députés à l’Assemblée Nationale.

En ces jours qui précèdent ces législatives, les coeurs se souviennent... Et nous nous souvenons... Nous nous souvenons de la dernière élection présidentielle qui, au lieu de rassembler les Togolais autour d’un chef incontesté, serviteur du bonheur de tous, a malheureusement engendré des incompréhensions de toutes sortes et une recherche aveugle d’intérêts partisans et plutôt flous, ainsi qu’une violence qui a jeté des milliers de nos concitoyens sur les routes de l’exil... Certains sont revenus depuis lors, mais d’autres hésitent à faire le pas qui les ramènera sur la Terre de nos aïeux.

Et beaucoup se demandent ce qu’il faut faire. Nombre de nos frères et soeurs ne croient plus en l’homme et sont désabusés. La chose politique ne leur dit plus grand-chose. Le vote n’a plus de sens pour eux. Ils regardent et se taisent, résignés.

D’autres s’activent autour de projets qui ne font l’honneur ni de la patrie, ni des acteurs eux-mêmes. Les intérêts d’autrefois cherchent à resurgir et à s’imposer une fois de plus. Le népotisme et le régionalisme risquent de devenir, une fois encore, les critères privilégiés de choix et de gouvernement.

En ces moments de questionnements et d’inquiétude, vos pasteurs viennent vous rejoindre avec la parole et la puissance de notre Dieu.

LA SERENITE EST GAGE D’ELECTIONS CREDIBLES

2. Avant toutes choses, nous venons vous inviter à la sérénité. Rien de bon ne peut se faire sans elle. La nation ne peut être construite dans le trouble ou l’affolement général. Mais la sérénité est, elle- même, fruit d’une harmonieuse conjugaison entre la paix, la confiance et la vérité. Et c’est pourquoi nous nous réjouissons de l’unanimité des acteurs politiques à reconnaître que le recensement s’est opéré dans de bonnes conditions. Aussi vous invitons-nous à réfléchir tant soit peu sur ces valeurs qui fondent l’être ensemble et le promeuvent.

LA PAIX

2.1. La Paix, rappelons-le, «n’est pas pure absence de guerre et elle ne se borne pas seulement à assurer l’équilibre de forces adverses» (GS 78,1).

« Tranquillité de l’ordre » (Saint Augustin), elle est un désir de l’humanité de tous les temps (cf. Pacem in terris, 1). Ce désir «naît de l’amour du prochain» (GS 78, 3). C’est dire que nul ne peut parler de paix s’il ne s’ouvre à l’autre, avec ses différences, dans une charité qui dit Dieu. S’aimer soi-même et uniquement, c’est se poser en ennemi de la paix et donc du bonheur de la nation.

2.2. La paix véritable est un don, don de celui qui, avant de souffrir et de mourir par amour pour nous, a dit et affirmé : «Je vous laisse la paix; c’est ma paix, que je vous donne ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne» (Jn 14, 27). Comme pour tout don de Dieu, il faut entretenir la paix et l’affermir. Mieux encore, il faut se mettre à l’écoute et à l’école de Dieu pour la construire véritablement. Ne l’oublions pas, aucune paix n’est possible en dehors de Dieu qui, seul, est souverainement auteur de toute paix et de tout effort de paix.

2.3. Parce qu’elle est attention aux autres et construction du bonheur de tous, la paix suppose une permanente remise en question de soi, de ses choix personnels et communautaires. En effet, comme le soulignait le Serviteur de Dieu, le Pape Jean-Paul Il dans son message à l’occasion du 1er janvier 2003, « tant que ceux qui s’occupent de responsabilité n’accepteront pas de remettre courageusement en question leur manière de gérer le pouvoir et d’assurer le bien-être de leur peuple, il sera difficile d’imaginer que l’on puisse vraiment progresser vers la paix». Pour réaliser la Paix véritable, nous sommes tous conviés à un permanent examen de conscience, dans l’écoute des cris de joie et de détresse les uns des autres.

LA CONFIANCE

2.4. La culture de paix suppose et engendre une véritable confiance. Croire que l’autre en face ne cherche pas à nous embrasser pour mieux nous étouffer permet de faire avec lui un bout de chemin. Et c’est ici que s’imposent à nouveau des valeurs qui semblent avoir disparu de la vie et des propos de nombre de nos concitoyens : la vérité, le respect de la parole donnée, la sincérité et la franchise dans les promesses...

Comment remettre nos destins entre les mains de personnes qui ne sont pas dignes de foi, dont la parole est sans valeur et dont l’honneur réside dans leur capacité à nous tromper selon les intérêts du moment ? Comment voter pour un candidat dont le seul critère de vérité est son humeur à lui? Comment donner sa voix à une personne qui aligne des promesses que, visiblement, elle ne peut honorer ? Il nous faut faire preuve de discernement pour porter nos choix sur ceux qui en sont dignes et qui nous inspirent vraiment confiance.

LA VERITE

2.5. La vérité n’est pas une valeur subjective. Elle devrait s’opposer à beaucoup, à défaut de s’opposer à tous. En ce sens, la vérité humaine est un reflet de la Vérité qu’est Dieu: Vérité de Dieu et vérité selon Dieu. Il nous appartient donc d’oeuvrer à l’éclosion de la vérité. Cela appelle une ouverture qui permet la connaissance de ce qui est et sa transmission aux différents acteurs de la vie nationale.

L’heure est enfin venue où les mensonges et les demi vérités doivent être exclus du langage des uns et des autres. Se laisser interpeller par la vérité, vivre dans la vérité, rechercher et promouvoir la vérité, c’est, nous semble-t-il, une condition sine qua non, de l’être-en-paix-ensemble. Nous ne pouvons construire la patrie tant que la vérité des uns est mensonge pour les autres, ou que la vérité d’un moment devient mensonge d’un autre moment.

Il est donc évident que la vérité vécue engendre la confiance qui permet la vie commune, dans la paix.

NOTRE ENGAGEMENT

3. Ces considérations nous introduisent dans un cheminement franc et sincère pour la réussite des élections qui approchent. Décidons-nous à devenir des agents de la paix et de la sérénité. Travaillons à faire des prochaines législatives, une réussite qui fera grandir notre pays aux yeux du monde entier.

Que chacun, à sa place, permette l’avènement d’un Togo sans violence et sans méfiance. Prenons le ferme engagement de tout mettre en oeuvre pour que, cette fois-ci, aucune goutte de sang ne vienne à souiller la terre de nos aïeux.

Il est temps que certaines pratiques cessent au Togo. Il est temps que l’on aille aux élections comme à une fête. Il est temps que la démocratie devienne source de bonheur, de joie, de paix. Il est temps que le Togo soit fier de tous ses fils et de toutes ses filles.

DES APPELS

4. À ce propos, nous, vos Pasteurs, de par notre mission au nom du Christ et de l’Eglise, nous vous lançons des appels solennels.

4.1. Aux hommes et femmes directement impliqués dans la politique, nous demandons de démontrer leur amour pour la Patrie. Que les intérêts privés ne l’emportent pas sur le bien commun à gérer ou sur les intérêts de la Nation toute entière. Comme de vraies sentinelles, décelez les désirs du peuple, conjurez les dangers qui nous menacent. Posez-vous en défenseurs des plus pauvres. Ecoutez les cris silencieux des sans voix.

4.2. Nous invitons les partis politiques, membres et responsables, à dépasser la simple quête du pouvoir. L’essentiel n’est pas d’y accéder. Il faut encore y travailler pour que le Togo se relève des misères dans lesquelles, tous ensemble, nous l’avons plongé.

4.3. Que les candidats fassent preuve d’un fair-play sans précédent. Tous veulent le bonheur du peuple. Tous veulent en devenir les serviteurs. Que leur sérénité dans la lutte soit source d’une saine émulation d’où nous sortirons vainqueurs. Que les résultats réels soient acceptés de tous et de chacun. Que, cette fois-ci, nous voyions un candidat féliciter son rival après les élections.

4.4. Mais l’acceptation des résultats n’est possible que si les organisateurs font bien leur travail. Qu’à chaque étape du processus, ils recherchent l’excellence et la paix. Que la loi soit respectée et que les différentes interprétations aillent toujours dans le sens de la réconciliation et de la sérénité qui jaillissent d’un consensus recherché et obtenu. Qu’en cela aussi, le Togo soit la principale préoccupation.

4.5. Nous en appelons également à l’armée ainsi qu’aux forces de l’ordre et de sécurité. Comme l’écrivaient les Evêques de la CERAO en 1995,

« Vous, militaires, gardiens de l’intégrité territoriale, de la paix et de la sécurité, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, (...) nous vous engageons à (...) garantir les conditions du dialogue afin d’amener les hommes politiques au dépassement indispensable en vue de protéger la légalité et la paix sociale » (Cf. CERAO, Démocratie et promotion humaine, Lettre pastorale des Evêques de la CERAO, Abidjan, le 21 septembre 1995).

4.6. A tous enfin, nous demandons de relever le défi que constituent les prochaines élections législatives. Nous ne pouvons pas ne pas voter. Nous ne pouvons pas laisser d’autres décider de notre bonheur à notre place. Comme nous l’écrivions dans notre exhortation de 1992, l’exercice de vote «est à la fois un droit, en ce qui concerne l’expression d’une exigence de la personne humaine, et un devoir en ce que le vote est en relation avec le bien commun dont on ne peut se désintéresser».

Cela dit, «pour que votre vote soit un acte humain, ne votez pas les yeux fermés, mais informez vous des programmes de vos candidats, de leur compétence et de leur action antérieure qui témoignera ou non de la pureté de leurs intentions et de leur compétence réelle » (CET, Lettre des Evêques du Togo aux Fils du Cher pays, Lomé, le 9 avril 1967).

Ne vous laissez pas acheter. Ne vendez pas votre liberté. Votre bulletin est un moyen de sanctionner les uns et de donner votre confiance aux autres; il est pour vous une force et c’est pour cela que les candidats vous sollicitent. Soyez sereins et fermes. Par votre choix, construisez le Togo, donnez-lui un nouveau départ et un nouveau souffle.

RECOMMANDATIONS FINALES

5. Le moment nous semble opportun de rappeler à votre souvenir ce que vos évêques écrivaient au clergé et aux fidèles de leurs diocèses, le 15 avril 1960, à l’occasion de l’indépendance du Togo :

« Notre pays est bien petit mais, dans le passé, on l’appelait parfois ‘‘territoire pilote’’; et il a souvent servi de modèle à ses voisins numériquement plus importants. Dieu veuille que nous continuions ainsi, à l’avenir, à marquer le chemin du bien à tous ceux qui nous regardent, par notre calme, notre esprit de compréhension et notre amour de la justice et de la paix... » Peut-être convient-il aussi de reprendre à notre compte leur appel : « soyez donc unis; ne semez pas la discorde; évitez soigneusement toute violence et tout le reste vous sera donné par surcroît ».

NOTRE PRIERE

6. En ces instants d’incertitude, de doute et d’espérance, nous nous tournons vers le Christ, Celui qui, seul, peut nous donner la vraie paix, pour le supplier afin qu’il vienne au secours de notre patrie et de tous ses fils. Nous invitons les uns et les autres à implorer du Ciel la sérénité avant, pendant et après les élections.

Nous voudrions, ensemble, crier vers la Reine de la Paix, Celle qui est toujours victorieuse de tout esprit de haine et de division. Qu’elle intercède pour nous et nous fasse remporter la victoire pour un Togo libre et démocratique!

Sainte Marie, Mère de Dieu et Reine de la Paix, priez pour nous. Amen !

Fait à Sokodé, le 12 septembre 2007